I. Une OQTF valable trois ans : quelles conséquences concrètes ?
Nouvelle durée légale : 3 ans
Depuis la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, une OQTF est valable pendant trois ans à compter de sa notification. Cette modification est désormais intégrée dans le CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers), notamment à l'article L. 731-1.
Pendant cette période :
- Aucune demande de titre de séjour ne peut être déposée, sauf circonstances très particulières.
- La personne reste sous le coup d'un éloignement, même si l'administration n'a pas exécuté la mesure.
- Le dépôt prématuré d'une nouvelle demande conduit à un rejet automatique, souvent sans même un examen au fond.
Beaucoup continuent à croire, à tort, que l'OQTF " tombe " après un an. Cette croyance, aujourd'hui fausse, expose à un rejet et à un risque d'interpellation en préfecture.
* Et la jurisprudence ?
La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE, aff. C-156/23, 22 juin 2021) a confirmé que l'OQTF produit toujours ses effets tant que la personne n'a pas quitté effectivement le territoire, même si la durée paraît excessive.
Le Conseil d'État (CE, 11 juin 2015, n° 390704) a rappelé qu'en cas de changement de circonstances, l'administration doit réévaluer la situation avant toute exécution.
II. Peut-on échapper à une OQTF valable trois ans ? Les solutions possibles
Trois ans, c'est long. Mais cela ne signifie pas qu'aucun recours ou aménagement n'est possible. Voici les options à envisager :
- Contester l'OQTF immédiatementDès la notification, il est possible de former un recours devant le tribunal administratif dans des délais très courts (48h, 15 jours ou 30 jours selon les cas – CESEDA art. L. 614-5 et CJA art. R. 776-2).Si le juge annule la mesure, la personne retrouve son droit de déposer une demande de titre de séjour.
- Apporter la preuve d'un changement de situationLa jurisprudence impose à l'administration de réexaminer la situation en cas de faits nouveaux (ex : naissance d'un enfant français, aggravation de l'état de santé, violences conjugales, etc.).Le Conseil d'État (CE, 19 nov. 2021, n° 458056) a jugé que ces éléments peuvent suspendre l'exécution de l'OQTF, obligeant la préfecture à réévaluer la situation.
- S'appuyer sur le principe de non-refoulementLa CJUE (arrêt Ararat, 17 oct. 2024, aff. C-156/23) rappelle que l'administration ne peut exécuter une OQTF si l'étranger risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine.Ces exceptions sont techniques, complexes et à manier avec prudence.Seul un professionnel du droit est en mesure de bâtir une stratégie solide face à une OQTF encore valide.
Conclusion
La réforme du 26 janvier 2024 a profondément modifié la logique des OQTF. En portant leur durée de validité à trois ans, le législateur a clairement voulu dissuader les demandes répétées de titre de séjour.
Résultat : les étrangers sous OQTF sont désormais bloqués pendant trois ans, sauf en cas de recours réussi ou d'évolution majeure de leur situation.
Il est donc crucial de ne jamais déposer une nouvelle demande sans analyse juridique préalable. Une erreur peut coûter trois années d'attente, voire plus.
Un avocat spécialisé pourra évaluer les recours, sécuriser la stratégie et éviter les pièges administratifs.